Sophie Rambert

Sophie Rambert est née en 1970 à Paris.

Dessinatrice, elle vit et travaille au Mans.

Le corps, entre don et retrait, une dialectique du désir.

 

Le corps, la simple chair et peau dans laquelle nous habitons. Plus que viande, le corps est peau, dans ses plis s'inscrit son histoire.

Le corps, ce qu'il y a de plus universel en même temps que de plus singulier,

 


de plus familier et intime en même temps que de toujours étranger.

Le corps de l'autre : nu et opaque, expérience de ce qui reste, même dans le plus intime, le plus nu, le plus su croit-on, inépuisable, insaisissable, inappropriable.

Le corps qui dans sa vulnérabilité et sa force, est la figure oxymorique des ambivalences partagées, celle du désir, celle des sexes.

Jouant des contrastes entre un trait acéré et le velouté des surfaces, c'est à ce corps vivant, riche de contraires, que je veux renvoyer celui qui regarde comme pour le ramener à sa propre ambivalence.

Un corps sorti de son ordre attendu, décentré, renversé, en suspens dans l'éternité blanche d'un décor absent.

Le corps est nu, isolé sur la surface nue de la feuille, vide d'où le corps émerge et qu'il met provisoirement en échec. C'est un corps sans lieu ni temps, dépouillé de tout vêtement, contexte, narration, réduit à sa condition de corps, nu et regardé.

Car si le corps figure seul, il est toujours déjà pris dans le regard d'un autre, un regard dont l'absence ici appelle un spectateur. Ainsi, il ne s'agit pas d'un corps fermé sur lui-même, mais d'un corps pris entre intériorité et extériorité, sous le regard d'un autre. Corps désirant et désiré, qui s'offre et se dérobe, tendu dans son abandon même. Corps qui toujours résiste, glorieux et indocile.

Aucune exaltation ici d'un corps souffrant, mais l'expression d'une vitalité féroce, à la fois fragile et tenace.

Enfin, il ne peut être question du corps dans mon travail sans qu'il y soit aussi question du mien.

Mon corps est le lieu premier d'élaboration des poses, un terrain d'expérimentation dont je peux repousser les limites. Il est pour mon travail un matériau disponible et dont j'use, non dans une recherche identitaire de représentation d'un moi, l'autoportrait n'est pas le propos de mon dessin, mais comme matrice, moyen de dessiner « de l'intérieur », d'éprouver la pose dans sa justesse.

C'est à partir de ma singularité, et non en tant que Femme, que j'appréhende le corps et notamment le féminin, néanmoins cette singularité est nécessairement, et quelque soit ce que ce terme recouvre, celle d'une femme. Ainsi, on me renvoie souvent que mes corps sont androgynes, c'est alors, je crois, seulement qu'ils rompent avec les représentations transparentes et binaires, encore attendues, et du féminin (Corps passif et fragile. Corps maternel, doux et plein. Corps de l'amante, offert et exclusivement objet du désir sexuel) et du masculin (Corps également pris dans des constructions genrées, antonyme du féminin, ou Corps de l'Homme, ce masculin universel).


Oeuvres disponibles Sophie Rambert